lundi, 27 mars 2006
"L'enfant rêve", de Hanokh Levin, dans une mise en scène de Stéphane BRAUNSCHWEIG
avec Sharif Andoura, Jean-Pierre Bagot, Cécile Coustillac, Gilles David, Denis Eyriey, Antoine Mathieu, Thierry Paret, Hélène Schwaller, Stéphane Szestak, Anne-Laure Tondu, Jean-Baptiste Verquin, et en alternance les enfants Hippolyte Djian, Yann Kohler et Emilien Thierry.au Théâtre National de Strasbourg, du 21 mars au 13 avril 2006, puis au Théâtre de la Colline à Paris, du 25 avril au 20 mai, et à Mulhouse du 31 mai au 2 juin. Durée : 1 h 20.
« La pièce s’ouvre sur l’image tranquille d’un enfant qui dort. Autour de son lit, ses parents se réjouissent qu’il se soit enfin endormi, presque heureux qu’il repose là comme un mort. En une image simple, Levin a posé l’existence de tout enfant dans ce qu’elle suscite d’angoisse irréductible. Et voilà que surgit dans la chambre silencieuse le monde extérieur fait de bruit et de fureur, évoquant aussitôt rafles et pogroms. À la violence absurde du monde, Levin oppose une ironie à la fois noire, cinglante et stimulante », Stéphane Braunschweig.
La guerre entraîne le petit garçon et sa mère dans la fuite et l’exode. À toutes les étapes, ces questions : comment survivre, pourquoi ? à quel prix ? Mais pour aborder ces thèmes tragiques, le dramaturge israélien Hanokh Levin, disparu prématurément en 1999, ne se refuse ni l’humour le plus grinçant ni la fantaisie. Des scènes presque comiques cohabitent avec des fragments reconnaissables de l’histoire du XXe siècle, comme en un kaléidoscope terrifiant. S’agit-il du monde ou d’un cauchemar du monde ? Pour Stéphane Braunschweig, cette pièce étrange et puissante oscille entre l’onirisme et une lucidité impitoyable. Entouré de la troupe du TNS, à laquelle se joignent plusieurs jeunes acteurs tout juste sortis de l’École, il s’engage, une nouvelle fois après L’Exaltation du labyrinthe d’Olivier Py, dans la création d’un texte contemporain.Le regard de la traductrice Laurence Sendrowicz sur la pièce : "Hanokh Levin signe là une de ses pièces les plus importantes et les plus désespérées. A travers le destin d'une mère et d'un enfant, c'est tout notre siècle, dans ce qu'il a d'horrible, d'inhumain et d'absurde, qui envahit la scène." L'écriture - à la fois directe, cruelle et d'une grande poésie - les phrases coupées, qui ordonnent les mots dans une sorte de long psaume, confèrent à la pièce une dimension universelle, mais chaque réplique touche en même temps aux émotions essentielles de chacun de nous.
Hanokh Levin, est un des principaux dramaturges israélien, né à Tel Aviv en 1943 de parents d'origine polonaise. Il étudie la philosophie et la littérature à l'université de Tel Aviv, et commence sa carrière littéraire en écrivant de la poésie, puis des nouvelles, des pièces et cabarets satiriques, des tragédies et des comédies. Il attire une attention publique significative en 1968 avec son spectacle de cabaret «Toi, moi, et la prochaine guerre». Son œuvre théâtrale comprend une cinquantaine de pièces, dont 33 ont été montées de son vivant. Il en a souvent assuré lui-même la mise en scène, au rythme d’une création par an de 1968 à 1999, année de sa mort.
Le statut de Levin en tant que grand satiriste du théâtre israélien demeure incontesté. Il a servi d'auteur dramatique résident au théâtre Cameri à Tel Aviv. Il a aussi bien travaillé avec la Habima, le théâtre national d'Israël. Il a reçu de nombreuses récompenses théâtrales en Israël et à l'étranger (le festival d'Edimbourg) et ses pièces ont été mises en scène dans les festivals autour du monde.
Auteur engagé à la perspicacité peu commune, Hanokh Levin a puisé dans les grands mythes universels pour dénoncer la folie des hommes. Il a marqué le théâtre contemporain par des textes saisissants, faits de provocation, de poésie, de quotidien, d'humour et de tendresse pour le genre humain. Son œuvre est rarement politique, et ses pièces traitent uniformément de la tristesse de la vie et de le bassesse de l'humanité. Il a été comparé à Jonathan Swift pour ces aspects de son œuvre, aussi bien que pour son humeur tranchante dans le dévoilement de la grossièreté humaine. L'humiliation inhérente à la physionomie humain est un thème constant, et aucun des caractères de Levin - oppresseurs ou opprimés - n'est épargné. Le concept du bonheur est absurde dans sa vue du monde, où la nature humaine est déterminée par les besoins physiologiques sans visibilité. Dans toutes les pièces de Levin, qu'ils soient grotesques ou ancrés dans la réalité, ou des drames mythiques passés à Babylone ou à Troie, il laisse invariablement le public faire face au même paradoxe embarrassant: l'absurdité essentielle de l'existence humaine.
Son interrogation sur la finalité d'une existence vouée à l'échec est bouleversante dans "L'enfant rêve", où il décrit le drame de l'exil et le déchirement des liens qui s'en suit : de l'image idyllique d'un père et d'une mère sur le berceau de leur enfant, surgissent l'horreur et la cruauté.
Le Théâtre National de Strasbourg et l’Université Marc Bloch organisent, à l’occasion de la création de L’Enfant rêve, un colloque autour des dramaturgies contemporaines d’Israël intitulé « Les nouvelles écritures dramatiques d’Israël » qui se déroule du 28 au 30 mars 2006. Des universitaires israéliens et français ainsi que des comédien(ne)s et metteur(e)s en scène ayant travaillé sur ces œuvres seront invités à faire se croiser les interrogations de la recherche universitaire avec des choix d’écriture et de mise en scène. Les trois journées comporteront communications, tables rondes et lectures par des comédiens.
Ce colloque se déroule à l'Université Marc Bloch, salle Hubert Gignoux, le mardi 28 mars de 14 h à 18 h, et les mercredi 29 et jeudi 30 mars de 10 h à 18 h. En ouverture du colloque, les comédiens de la troupe du TNS liront "Les Souffrances de Job", de Hanokh Levin, texte français traduit de l’hébreu par Jacqueline Carnaud et Laurence Sendrowicz, lecture dirigée par Leslie Six, assistante à la mise en scène sur “L’Enfant rêve”, Entrée libre – Réservation recommandée par téléphone au 03 88 24 88 00. Renseignements par courriel.
Un dossier relatif à cette pièce "L'enfant rêve" est disponible en ligne sur le site theatre-contemporain.net.
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vendredi, 17 mars 2006
"La Nuit à l'envers", de Xavier Durringer
Le centre d'animation Maurice-Ravel fait partie des 42 centres d'animation de la Mairie de Paris. Géré par l'association loi 1901, le Centre International de Séjour de Paris (CISP), il propose toute l'année et pour tout public des activités sportives, culturelles et artistiques.
L’histoire : Un homme, une femme, une nuit, un lit, dans une chambre triste, deux solitudes. "La rencontre est vénale, mais elle va prendre un tour inattendu". La transaction n’est pas celle que l’on attend, une histoire intime crève la surface violente et sordide de l’échange. C’est "La Nuit à l’envers".
Lola et Jean sont deux personnages très opposés sur plusieurs points : Lola est fataliste, consciente de la réalité parfois très rude de la vie. Elle est souvent sur la défensive afin de se protéger contre une vie qui lui a déjà joué bien des tours. Jean est un personnage qui vit hors de la réalité. Il s’est fabriqué un monde plus clément dans lequel il s’évade souvent. Il est d’une fragilité extrême, il recherche un appui, une présence. Le point commun entre ces deux personnages est cette solitude imposée qu’ils vivent chacun différemment mais très douloureusement. "C'est souvent longtemps après qu'on s'aperçoit qu'on est relié à quelqu'un sans le savoir..."
La critique de Théâtre Passion : "Des dialogues singuliers, pourtant un texte simple, avec la force de l'évidence, une mise en scène très douce, deux éléments de décor, un drap de tente incliné cachant le lit et une chaise en forme de coeur, des jeux de lumière, qui oscillent entre le blanc et le rouge, pour varier la tonalité des mots, et un jeu si juste...
Lui, en tenue de pêcheur, les yeux étonnés, un peu paumé, philosophant sans le savoir. Elle, d'abord femme brune maquillée, une séductrice pressée, en dessous noirs, à peine couverte par une chemise transparente qui virevolte (avant de se métamorphoser à la fin, les cheveux chatains, en jean et basket).
Le face à face semble classique. Mais une intrigue, à peine esquissée, s'installe très vite, puis se découvre peu à peu. Que cherche-t-il ? A l'évidence, autre chose que les hommes qui défilent habituellement chez elle. Il a des accents de violence, vite réprimée. Et l'on pourrait craindre à de brefs moments une issue tragique. Mais tel n'est pas l'objet du propos de l'auteur, qui veut nous parler de la vie toute simple et de la solitude de deux êtres si différents. Les deux acteurs sont parfaitement coulés dans le physique et le comportement de leurs rôles. Le masque des archétypes va se dissoudre.
Jean-Christopher Barro, puis Flavie Dony surtout, qui passe de l'agacement à la surprise, font surgir des émotions, d'abord fugaces, qui envahissent progressivement toute la scène... "
La critique de Morgan Faligot publiée par le souffleur...
Xavier Durringer est né le 1er décembre 1963 à Paris. Il dirige la compagnie de Théâtre "La Lézarde" depuis 1989, pour laquelle il écrit et met en scène les spectacles. Il écrit et réalise également pour le cinéma. Il débute à Cergy-Pontoise. Ses premières pièces (Bal-Trap / Ed. Théâtrales ; Une envie de tuer sur le bout de la langue/Ed. Théâtrales ; La Quille) jouent avec une langue crue en prise avec des réalités amoureuses chaotiques. Avec Surfeurs en 1998, il conquiert le Festival d'Avignon.
Depuis, ses pièces sont jouées dans les théâtres les plus reconnus en Europe. Il réalise aussi des courts et des longs métrages (La Nage indienne, Les Vilains…). Il vient d’achever le tournage d’une fiction en Thaïlande : Chok dee. « L’intégrale DURRINGER » a été jouée en mai 2004 au Théâtre 95 de Cergy Pontoise.Une nouvelle programmation de la pièce « La Nuit à l’Envers », jouée quatre fois à Paris par la Compagnie « Les planches et les Nuages », avant le Festival artistique étudiant, n’est pas encore envisagée. Car cette compagnie travaille actuellement sur deux nouveaux projets : l’un mis en scène par Sandrine Brunner, une adaptation du roman de Valérie Zenatti, « Une bouteille dans la mer de Gaza », l’autre par Flavie Dony, « Le Malentendu de Camus ». Vous pouvez contacter Théâtre Passion si vous voulez avoir des informations sur ces deux projets.
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samedi, 11 mars 2006
FESTIVAL "Ici et Demain", du 8 au 23 mars 2006, à Paris
Du 8 au 23 mars, place aux talents étudiants dans 48 lieux à Paris !
Pour cette troisième édition du festival artistique étudiant, la ville de Paris et la Maison des Initiatives Etudiantes ont reçu environ 150 dossiers de candidature. De la musique au mime en passant par la photographie, la sélection a été difficile. Avec près de 80 projets inscrits au programme, il ne vous reste plus qu’à choisir. Pour les découvrir, consultez l’agenda !
Que vous soyez étudiant ou que vous songiez avec nostalgie à vos études, que vous soyez danse, cinéma ou peinture, que vous habitiez Belleville ou le Marais, bloquez vos agendas et venez profiter de ce festival de talents étudiants !
Le site du festival
Théâtre : 34 pièces à l’affiche :
- Van der monde
- Si les Fous m'étaient contés...
- Ce qu'ils en disent
- Sans commentaire
- "Don Qui", d'après Don Quichotte
- Histoire du soldat
- Le péché des saintes
- Le Langue-à-langue des chiens de roche
- Autour de ma pierre, il ne fera pas nuit
- Rédemptions
- Madame Marguerite
- Fabrica n°7
- Quand il fait froid, il faut sauter !
- La nuit à l'envers
- Chère Elena Sergueïevna
- Antigone
- Le marquis ridicule ou la comtesse faite à la hâte
- Ferhad et Shirin
- Eurydice
- L'Inattendu
- Les cendres et les lampions
- Parole mobile E(t)mouvante
- Le quêteur de la mort
- Peter Pan
- Les Baigneuses
- La vie de château
- Le retour au désert
- Before Party
- Frag..Ment..Songe
- J'ai le titre sur le bout de la langue
- L'animal du temps
- Ma mère qui chantait sur un phare
- La rue est vers laure
- Pauvres Comores
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Antigone, de Sophocle, le 13 mars 2006, au Pavillon, 11 place Nationale, Paris - 13ème, Métro Nationale ou Bibliothèque François Miterrand, de 20 h 30 à 22 h, une nouvelle création avec masques du Centre de poésie et de théâtre antiques, Le Théâtre Démodocos, avec Philippe Brunet, François Cam, Rebecca Lefèvre, Estelle Meyer, Yann Migoubert, Karoline Zaidline. Entrée libre : réservation obligatoire par courriel ou par téléphone au 01 45 26 49 10.

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vendredi, 10 mars 2006
"Automne et hiver", de Lars Noren, dans une mise en scène de Pierre Maillet et Mélanie Leray, au Théâtre de la Bastille à Paris
Avec Mélanie Leray, David Jeanne Comello, Catherine Riaux et Valérie Schwarcz (de gauche à droite), photo de Jean-Julien Kraemer. Durée de la pièce : 1 h 45.
Le Théâtre de la Bastille, 76, rue de la Roquette, Paris-11e, métro Bastille. Du mardi au samedi à 21 heures et le dimanche à 17 heures, jusqu'au 26 mars; puis du mardi au dimanche à 19 heures du 28 mars au 7 avril. De 12,50 € à 19 €. Réservation par courriel.
16:55 Publié dans 1. Pièces à l'affiche | Lien permanent | Commentaires (2) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : théâtre
jeudi, 09 mars 2006
De nouveaux théâtres dans l'est parisien
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mercredi, 08 mars 2006
Emilie Dequenne, dans "Mademoiselle Julie", d'August Strindberg

Emilie Dequenne interprète du 16 février au 2 avril 2006 le rôle-titre de "Mademoiselle Julie", d'August Strindberg, dans une adaptation et mise en scène de Didier LONG, avec Bruno Wolkowitch et Christine Citti pour partenaires (christine_citti.pdf).Décor : Jean-Michel ADAM
Lumières : Gaëlle DE MALGLAIVE
Costumes : Jean-Daniel VUILLERMOZ
Musiques : François PEYRONY
Cette représentation se déroule dans la petite salle Elvire Popesco du Théâtre Marigny, du mardi au samedi à 21 h, et le dimanche à 16 h. Les tarifs sont de 40 € et 30 €, et 15 € pour les étudiants (sauf le samedi). Location et réservation au 01.53.96.70.20.
Mademoiselle Julie, écrite en 1888, est une très belle pièce, emblématique de ce tournant du siècle qui, après la flambée romantique, s’ouvre par d’incessantes remises en question aux nouvelles formes d’art et de pensée à l’origine des avant-garde du XX° siècle.
Quelques pistes pour étudier Mademoiselle Julie, par Anne-Marie BONNABEL, Professeur agrégé de Lettres Modernes chargée de l’enseignement du théâtre au Lycée Thiers de Marseille :
L’intrigue de Mademoiselle Julie se résume en quelques mots. La nuit de la Saint Jean, Julie, jeune fille de vieille noblesse terrienne, s’abandonne à ses désirs sensuels dans les bras du valet de son père, Jean. Au matin, une fois dissipés les sortilèges de cette nuit d’exaltation, effarée par son acte, elle se tue avec le rasoir que son amant lui met dans les mains. Un autre personnage, Christine, la cuisinière fiancée à Jean, assiste, pleine de réprobation, aux débordements de sa maîtresse. Mademoiselle Julie et le domestique de son père se jouent de la démarcation entre rêves et réalité pour descendre dans les enfers de la séduction...
On peut envisager la lecture de l’œuvre intégrale - la pièce est courte- ou d’un extrait, dans le cadre d’un groupement de textes sur maître et valet ou sur la relation amoureuse tragique, au croisement des objets d’étude Théâtre, Texte et Représentation et Mouvement Esthétique et Culturel : le Naturalisme.
1°) Dans Mademoiselle Julie la relation maître-valet s’apparente-t-elle à une guerre des classes ou à une guerre des sexes ou encore à une lutte des cerveaux ?
Jean et Julie sont emblématiques de leur classe sociale, Jean rêve de s’élever ; intelligent, formé au contact de ses maîtres, il représente la classe montante, laborieuse, entreprenante, quand Julie a le sentiment d’être le rejeton d’une fin de race. La distance sociale qui les sépare sous-tend en permanence leurs rapports. (Voir tout particulièrement le passage où ils se racontent leur rêve et où Jean évoque l’épisode de son enfance où il a aperçu depuis un fossé rempli de déjections la petite Julie en robe blanche sur sa terrasse.)
Il est également intéressant d’analyser comment Jean croit un instant s’élever socialement en devenant l’amant de la fille du Comte et retrouve son comportement d’ " esclave "au seul bruit de la sonnette par lequel M le Comte le rappelle à son service.
Tout aussi intéressant de se demander pourquoi Julie se complaît dans la cuisine en compagnie de ses domestiques. Le texte délivre peu à peu tous les indices qui permettent de comprendre les motivations secrètes de ces personnages à facettes multiples.
Dialogue ou match de boxe, chacun à son tour est maître du jeu. Qui l’emportera ? Le plus fort, Jean, parce qu’il est l’homme, parce qu’il appartient à la classe qui monte, parce qu’il est psychiquement supérieur à sa compagne. La guerre des cerveaux va jusqu’au meurtre psychique puis au meurtre réel, Julie sortant se suicider en état quasi-hypnotique.
2°) Entre tragédie et drame ?
Dramaturgie difficile à définir. Psychodrame ? Vaudeville social ? Drame domestique ? La fable est anecdotique, le sujet trivial et cependant une force quasi primitive s’engouffre dans la pièce pour l’élever au rang de tragédie. On peut rechercher tous les éléments épars dans le texte qui amènent Julie au statut d’héroïne tragique et de victime sacrificielle.
Par ailleurs la concentration extrême du drame qui se déroule presque en temps réel et le décor unique renvoient aux règles de composition tragique.
Strindberg lui-même parle de " tragédie naturaliste. "
3°) Mademoiselle Julie entre naturalisme et symbolisme:
L’ancrage social, la trivialité du dialogue qui a beaucoup choqué ( il est question des règles de Julie et d’une potion abortive pour sa chienne, Jean et Julie s’injurient avec une rare violence) le choix de la cuisine comme lieu de l’action, autant d’éléments qui placent Mademoiselle Julie du côté du naturalisme.
Cependant: l’importance de la lumière et de ses variations, l’omniprésence de la religion, la portée cosmique de cette nuit de la Saint Jean, la purification par l’eau, le meurtre de l’oiseau traversent la pièce comme autant de symboles et lui donnent une dimension qui transcende le quotidien mis en scène. ….
On a longtemps cloisonné l’œuvre dramatique de Strindberg en différentes périodes, la période naturaliste, celle de Mademoiselle Julie, la période symboliste, mystique, le théâtre de chambre…. La critique actuelle tend à montrer qu’en dépit des différences formelles, les éléments symbolistes sont à l’oeuvre dans les drames naturalistes, que toute l’œuvre à venir est déjà contenue dans Mademoiselle Julie.
La réception des œuvres de Strindberg en France illustre bien cette double appartenance puisqu’il sera monté par Antoine, metteur en scène naturaliste, en 1893 et presque simultanément par le Théâtre de l’Oeuvre de Lugné-Poe qui se réclame de l’esthétique symboliste.
Les relations Strindberg-Zola nous éclairent également à ce sujet. On y voit l’insistance de Strindberg à demander son soutien à Zola, le maître incontesté, et les réticences de ce dernier à adhérer pleinement à une dramaturgie dont il sent la force mais à laquelle il reproche le manque d’une certaine épaisseur naturaliste, notamment l’absence d’une carte d’identité circonstanciée des personnages.
Dans le cadre de texte et représentation, on pourra envisager des recherches sur le théâtre naturaliste en France, à partir bien sûr du texte de Zola, Le Naturalisme au Théâtre, mais aussi à partir de textes d’Antoine, cf bibliographie.
Si Strindberg lui-même n’adhéra jamais aux thèses scientistes du naturalisme et employa pour parler de son oeuvre le terme de " supranaturaliste ", c’est qu’il refusa avant tout le statut d’expérimentateur, de greffier, de savant que Zola revendiquait pour l’auteur naturaliste. C’est que dans les personnages de Jean, de Julie et de tant d’autres, c’est Strindberg qui se glisse et parle de lui.
4°) Mademoiselle Julie et la dramaturgie du moi:
Kafka (dans Conversations avec Kafka de Gustav Janouch ) écrit : " Là où le théâtre devient le plus fort, c’est quand il rend réelles des choses irréelles. Le plateau devient alors un périscope de l’âme, il éclaire la réalité par l’intérieur "
On peut dans le cadre d’un travail sur l’autobiographie se référer aux récits de Strindberg qui sont le plus souvent des autobiographies à la troisième personne, et les rapprocher de la pièce. Le héros des textes autobiographiques s’appelle Jean. De là à conclure que le Jean de Mademoiselle Julie c’est Srindberg ! D’autres éléments, notamment le rapport à la mère, amènent à penser que Strindberg est tout autant Julie.
Plus intéressant que ces aspects biographiques à proprement parler, c’est la manière dont l’écriture dramatique est modelée par ce que Sarrazac appelle la dramaturgie du moi, qui se révèle particulièrement novatrice.
5°) La nouveauté de l’écriture dramaturgique, les personnages, le dialogue:
Il faut se reporter à la Préface de Mademoiselle Julie. Strindberg y donne toutes les clefs concernant ses personnages qui ne sont plus des caractères, mais " des conglomérats de civilisations passées et actuelles, de bouts de livres […] de morceaux d’hommes,[…] tout comme l’âme elle –même est un assemblage de pièces de toutes sortes. ";
" En ce qui concerne le dialogue, j’ai quelque peu enfreint les traditions […] j’ai laissé les cerveaux travailler d’une façon irrégulière comme ils le font vraiment dans la conversation.. "…
6°) Mademoiselle Julie, aspects de la représentation:
On peut étudier dans Mademoiselle Julie des éléments non verbaux et néanmoins fondamentaux dans l’action, comme les objets, notamment les bottes du comte, ou les sons, comme la chanson des paysans qui précipite Julie dans les bras de Jean et surtout la sonnette du comte.
On doit s’arrêter sur les didascalies, en particulier les didascalies initiales qui plantent le décor pour mesurer là encore ce que Strindberg doit au naturalisme et comment il s’en détache. A mettre en relation avec la préface où Strindberg explicite ses choix en matière de décor. A mettre en relation aussi avec tout l’effervescence de l’époque autour de la notion naissante de mise en scène. cf bibliographie.
Il existe une mise en scène de Mademoiselle Julie par A Voutsinas, avec Fanny Ardent et Niels Arestrup qui a été retransmise à la télévision. Il existe également un film de Mike Figgis (2000) en DVD et VHS. Adaptation de bonne qualité de la pièce. On peut s’interroger sur ce que le cinéma permet et que le théâtre ne permet pas, en particulier au niveau des décors susceptibles de suggérer un environnement géographique et humain. Le cinéma réalise peut-être les vœux de Zola quand il affirmait que le décor au théâtre remplace la description dans le roman.
Documentation : vous pouvez accéder au dossier de presse de cette représentation, mllejulie-dossierdepresse1.pdf, lire l'interview d'Emilie DEQUENNE publiée par le Figaro Madame, la critique de Marion THEBAUD dans le Figaro, l'analyse du metteur en scène Didier LONG, et une vidéo sur le site de France 3.
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